Je suis une mère, j’ai élevé mes enfants tout en travaillant et en me battant pour eux. J’avais trois enfants, mais ma fille est décédée, et il me reste un fils et une fille pour lesquels j’ai travaillé afin de leur offrir une vie digne. Au début, je travaillais chez des familles marocaines. Ensuite, après ma séparation avec mon mari, je me suis retrouvée obligée d’assumer seule toutes les responsabilités et de travailler pour subvenir aux besoins de mes enfants. J’ai ensuite travaillé chez des familles étrangères et, grâce à Dieu, je faisais mon travail avec sérieux, que ce soit dans le nettoyage, l’entretien des jardins ou l’organisation de la maison.
J’ai travaillé dans ce domaine pendant plus de quarante ans. Oui, j’ai passé presque toute ma vie à travailler. Parfois, je vendais aussi quelques pâtisseries et je faisais d’autres petits travaux en plus du travail domestique afin de pouvoir faire face aux dépenses de la vie.
Et aujourd’hui encore, je continue à travailler, parce que la vie est devenue difficile et que les revenus ne suffisent plus. Je travaille de façon continue, parfois jusqu’à deux heures et demie de l’après-midi ou plus, selon les conditions de travail.
Qu’est-ce qui est le plus important pour vous aujourd’hui après toutes ces années ?
Le plus important pour moi aujourd’hui, c’est ma tranquillité d’esprit, la prière, et le fait de pouvoir vivre le reste de ma vie dans le calme et la dignité.
Comment les personnes chez qui vous avez travaillé vous traitaient-elles au fil des années ?
Grâce à Dieu, il y a eu des personnes très gentilles qui m’ont traitée avec beaucoup de respect, qu’il s’agisse de familles marocaines ou étrangères. J’ai travaillé chez des médecins et dans de nombreuses familles, et certaines me considéraient comme un membre de leur propre famille. J’aimais mon travail et je le faisais avec sérieux, c’est pourquoi les gens m’appréciaient et me faisaient confiance.
J’ai beaucoup supporté et patienté face aux difficultés, parce que mon objectif a toujours été d’aider mes enfants et de leur offrir une vie meilleure. Je ne voulais pas qu’ils vivent les mêmes souffrances que moi.
Avez-vous déjà regretté ce travail ?
Non, jamais. Le travail honnête n’est pas une honte. Je disais toujours : « Alhamdoulillah », et je considérais que ma subsistance venait de Dieu.
Mais la vie n’a pas été facile, surtout après les problèmes que j’ai vécus avec mon mari et la responsabilité d’élever seule mes enfants. J’avais toujours peur pour eux et je pensais constamment à leur avenir.
Après plus de quarante ans de travail, connaissiez-vous la loi 19-12 qui protège les droits des travailleuses domestiques ?
Non, je ne la connaissais pas auparavant. Nous n’en avons entendu parler que ces dernières années avec le projet “Karamati”. Et malgré l’existence de cette loi, son application reste encore très faible.
Après quarante-six ans de travail, je n’ai jamais bénéficié d’une véritable couverture sociale ni d’une protection capable de me garantir une vie digne après toutes ces années de fatigue et de travail.
Il y a beaucoup de femmes qui ont travaillé toute leur vie et qui, une fois âgées, n’ont trouvé personne pour les aider ou leur assurer une vie décente. Certaines ont eu la chance d’avoir des enfants devenus autonomes et capables de les soutenir, d’autres ont été aidées par certaines familles qui leur ont offert un logement ou un soutien, mais beaucoup sont restées seules, sans protection ni aide.
Grâce à Dieu, je dis toujours que cela dépend des personnes. Il existe des gens bons et respectueux, mais il y en a aussi qui ne reconnaissent ni la fatigue ni les droits des travailleuses domestiques.
Aujourd’hui, je rends visite aux tombes de mes proches, je prie pour eux et j’essaie de vivre le reste de ma vie dans le calme et l’acceptation.
Pensez-vous que les travailleuses domestiques ont aujourd’hui besoin de documents légaux et de couverture sociale ?
Oui, bien sûr. Les travailleuses domestiques ont besoin de documents légaux, de sécurité sociale, de protection et de reconnaissance de leurs droits, afin que toute une vie de travail ne se termine pas sans garanties ni dignité.
