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L’humanitaire : peut-on en rire?
en lumière

L’humanitaire : peut-on en rire?

Comment mobiliser les consciences ? La question nous occupe tous, nous, les acteurs d’ONG à la recherche de financements pour nous aider à mettre en œuvre des projets dans les pays du Sud, projets dans lesquels on croit, fondamentalement. Certains optent pour la voie facile : ils mettent en scène une Afrique pauvre, (voir notre article « L’Afrique pauvre, une affaire qui marche ? ») au bord du gouffre, espérant ainsi animer la pitié du Saint-Bernard qui se cache en chacun de nous. La coopération au développement se transforme ainsi en acte de charité, en « bonne action » qui apaise la conscience et permet à l’humanitaire imposteur de dormir sur ses deux oreilles. D’autres prennent le contre-pied de cette démarche, criant au scandale (l’Afrique, c’est bien plus que ça !) et invitant les donateurs – ce sont là plutôt des humanitaires utopistes – à contribuer à des projets porteurs d’avenir. Ils donnent une image excessivement positive de l’Afrique, qui ne correspond pas davantage aux réalités multiples du terrain (voir notre article « Raconter l’Afrique. Cessons d’être optimistes »).

Et si on essayait l’humour ? La dérision ? C’est le pari pris par l’ONG britannique Practical Action, qui a réalisé une capsule parfaitement absurde sur l’aide humanitaire. Le pitch : un Africain accepte de se livrer à une expérience consistant à lui injecter de la graisse récoltée par liposuccion sur des Occidentaux. Il revient grossi – et satisfait – au village. Tous les habitants, envieux de ce signe extérieur de richesse, s’adonnent ensuite au même exercice. Voilà le problème de la faim réglé ! Bien sûr, la vidéo se termine par un rappel à la réalité : « Ce genre d’aide ne fonctionne pas. Découvrez ce qui marche », suivi d’un lien menant vers le site internet de Practical Action.

L’entreprise est risquée. Cette vidéo est-elle vraiment drôle ? Ou vous arrache-t-il plutôt un sourire maladroit ? Le malaise qu’elle provoque est-il suffisant pour pousser le spectateur à effectivement chercher plus loin, vers les solutions qui fonctionnent ? Une chose est sûre : si, à l’heure de la dictature du buzz internet, son objectif était d’interpeler les badauds, la mission est accomplie !

CÉLINE PRÉAUX