Je n’ai pas commencé le travail domestique depuis très longtemps, mais il est devenu une partie importante de ma vie après les difficultés que nous avons traversées. Il y a eu une période de maladie au sein de la famille, et nous avons dû travailler et assumer des responsabilités afin de continuer à vivre et à nous soutenir mutuellement.
Nous essayions de faire tout ce que nous pouvions pour notre famille. J’ai toujours accueilli les gens avec respect et travaillé chez eux avec sérieux et dignité. Mes filles étaient encore petites, ce qui rendait les responsabilités encore plus lourdes. Nous avons donc cherché tous les moyens possibles pour faire face aux difficultés de la vie, surtout sur le plan financier.
Nous essayions toujours de nous débrouiller avec le peu que nous avions. Parfois, on vous donne une petite somme en vous disant : « Cela te suffit, à toi et à tes enfants », alors que la réalité est beaucoup plus difficile.
Quelle est aujourd’hui la chose la plus importante dans votre vie ?
Aujourd’hui, ce qui compte le plus pour moi, ce sont mes filles. J’espère les voir réussir dans leur vie, travailler et vivre sereinement. Je souhaite aussi pouvoir continuer à me soigner et à acheter mes médicaments, car je souffre de maladies chroniques et de problèmes de santé qui nécessitent un traitement permanent.
Qu’est-ce qui vous fatigue le plus dans le travail domestique ?
Ce qui nous épuise le plus, c’est que nous allons travailler sans limites claires concernant les tâches ou les horaires. Parfois, nous partons pour un petit travail ou pour une aide ponctuelle, puis nous nous retrouvons finalement à devoir tout faire dans la maison.
Et lorsque nous rentrons chez nous, nous sommes extrêmement fatiguées et nous avons seulement besoin de repos, mais l’épuisement est souvent plus fort que ce que nous pouvons supporter.
Et qu’en était-il des horaires de travail ?
Avant, les horaires n’étaient jamais clairement définis. Parfois, on vous disait que vous travailleriez jusqu’à une certaine heure, puis le travail se prolongeait jusqu’à cinq, six, voire huit heures du soir.
Et parfois, malgré toute cette fatigue, si vous ne terminiez pas une tâche ou si tout le travail n’était pas complètement fini, on vous reprochait de ne pas avoir assez travaillé, alors que vous aviez passé toute la journée sans arrêt. Certaines personnes continuaient à nous faire travailler jusqu’à huit heures du soir. Quant à notre relation avec les employeurs, elle restait limitée et n’était pas toujours bonne ni stable.
Lorsque nous avons participé au projet « Karamati » et découvert la loi 19-12, nous avons été très heureuses. Grâce à cela, nous avons appris qu’il existait une loi depuis 2018, mais le problème est qu’elle n’a jamais été réellement appliquée.
On nous disait que beaucoup d’employeurs ne voulaient pas s’engager ni déclarer les travailleuses domestiques. Je me souviens qu’en 1998, lorsque je suis allée travailler pour la première fois, il n’était même pas facile d’entrer dans une maison ou dans une cuisine sans se sentir étrangère ou mal accueillie.
Je travaillais pour seulement 1 000 dirhams par mois, une somme qui devait couvrir absolument tout : le transport, la fatigue, et même les frais de maladie et de soins.
Aviez-vous le sentiment que vos efforts étaient reconnus ?
Non, nous n’avions pas l’impression que nos efforts étaient reconnus. Nous sommes des citoyennes comme tout le monde, mais malgré cela, nous avions l’impression que personne ne voyait notre fatigue ni ne reconnaissait notre valeur.
Nous travaillions énormément, mais en retour il n’y avait ni véritable considération, ni droits clairs, ni respect pour l’ampleur de la fatigue que nous supportions.
Pourquoi, selon vous, ce travail n’est-il pas reconnu à sa juste valeur ?
Je ne sais pas exactement. Peut-être que la responsabilité revient à l’État ou aux autorités concernées, car ce secteur est resté pendant de longues années sans véritable organisation ni protection claire.
Il n’existait ni entreprises structurées ni cadre réglementaire clair pour organiser ce travail, et il n’y avait pas de réel respect des salaires ou d’un minimum garantissant une vie digne aux travailleuses.
La travailleuse domestique est parfois obligée de travailler toute la semaine, chaque jour, simplement pour réunir une petite somme qui suffit à peine à vivre.
Et cette situation existe encore aujourd’hui. Beaucoup de femmes travaillent dans les maisons ou dans des sociétés de nettoyage sans véritable protection ni stabilité.
Aviez-vous honte de votre travail ?
Non, jamais. Au contraire, j’aimais travailler et j’aimais être utile et présente. J’étais fière d’être travailleuse domestique et j’assumais pleinement mon travail malgré toutes les difficultés.
Je pensais toujours à l’avenir de mes filles, à l’importance de les élever et de leur permettre d’étudier pour qu’elles aient une vie meilleure. Je me souviens qu’un jour, ma fille est rentrée de l’école et m’a parlé d’une fête ou d’un voyage à Marrakech avec ses camarades. Je lui ai demandé : « Est-ce qu’il y aura des responsables et des encadrants avec vous ? » J’avais très peur pour elle et je pensais constamment à sa protection.
Mais à cette période, je vivais une très forte pression psychologique, comme si tout s’effondrait au-dessus de ma tête. Je supportais la souffrance, la fatigue et la maladie, sans savoir comment réagir ni quoi faire.
Et comment ressentiez-vous la manière dont les gens vous traitaient ?
Parfois, certaines attitudes me faisaient souffrir, et cela m’affectait beaucoup, surtout que j’étais déjà malade et épuisée psychologiquement et physiquement. Malgré tout, je supportais tout cela pour mes enfants et pour ma famille, car c’était pour moi la chose la plus importante.
Connaissiez-vous la loi 19-12 ?
Non, nous ne connaissions absolument rien de cette loi. Nous l’avons découverte uniquement grâce au projet « Karamati » et à l’accompagnement dont nous avons bénéficié. C’est là que nous avons commencé à comprendre nos droits et nos devoirs en tant que travailleuses domestiques.
Nous avons été très surprises d’apprendre que cette loi existait depuis 2018, parce que pendant toutes ces années nous n’en avions jamais entendu parler, et personne ne nous avait expliqué ces choses auparavant. C’est pourquoi je vous dis : que Dieu vous récompense, car c’est grâce à vous que nous avons appris nos droits et ce que nous devions savoir.
Pourquoi, selon vous, cette loi n’est-elle pas appliquée ?
Honnêtement, je ne sais pas. C’est une question que je me pose moi-même sans trouver de réponse claire.
Peut-être parce que les gens ne connaissent tout simplement pas cette loi, et qu’il n’existe pas assez de sensibilisation autour de ce sujet. Pourquoi n’y a-t-il pas des campagnes à la télévision ou des actions de sensibilisation partout ? Tout le monde, petits et grands, devrait savoir qu’il existe une loi appelée 19-12 qui protège les travailleuses domestiques.
Il faudrait en parler dans les médias et dans les émissions, afin que les employeurs connaissent eux aussi leurs devoirs et leurs responsabilités. Car certains profitent de l’ignorance des travailleuses concernant la loi, et demandent à la travailleuse de tout faire dans la maison, sans limites claires ni droits garantis.
