Mbarka

Témoignages Karamati

Je suis une femme divorcée et mère de deux enfants. 

Après mon divorce, je suis retournée vivre chez mes parents. C’était une petite maison composée de deux chambres et d’une cuisine, où vivaient également mon frère, sa femme et leurs enfants. Avant ma séparation, j’étais femme au foyer , mais après tout a changé. Je ne supportais plus de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de mes enfants, alors je me suis tournée vers le travail domestique, d’autant plus que ma famille m’aidait autant qu’elle le pouvait à s’occuper d’eux. J’ai commencé à travailler avant tout pour assurer les besoins de mes enfants, mais aussi pour pouvoir prendre soin de moi-même, surtout que mon ex-mari ne participait pas aux dépenses. 

Pendant un temps, je suis passée d’une maison à une autre pour travailler, puis j’ai trouvé un emploi dans une société de nettoyage où je travaillais deux heures par jour, à une période où mes enfants étaient encore très jeunes. J’avais divorcé alors que mon plus jeune fils n’avait que quarante jours, je ne pouvais donc pas rester longtemps loin de la maison. Les horaires de travail me convenaient.

Lorsque mon plus jeune enfant a eu deux ans, je l’ai inscrit à la crèche pour toute la journée afin de pouvoir travailler davantage. J’ai ensuite obtenu un poste à l’Ambassade de France. Les horaires étaient parfaits pour moi : je commençais à huit heures du matin et je terminais à une heure de l’après-midi, ce qui me permettait de rentrer auprès de mes enfants.

Comme la maison familiale était trop petite et que mes enfants grandissaient, j’ai entendu parler des logements sociaux à Kénitra, avec un acompte de 10 000 dirhams. Je ne disposais pas de cette somme. J’ai donc décidé, avec un groupe de femmes, de mettre en place une “daret” (tontine), et j’ai été la première à recevoir l’argent. C’est ainsi que j’ai pu payer l’acompte pour un appartement dans un logement économique et réunir tous les documents nécessaires pour demander un crédit bancaire afin d’acheter un logement pour moi et mes enfants.

Mais comme j’étais travailleuse domestique, les revenus que je percevais ne me permettaient pas de prouver auprès de la banque ma capacité à obtenir et rembourser un crédit. Une amie m’a alors aidée en me prêtant une somme importante que j’ai déposée sur mon compte bancaire afin de renforcer mon dossier et prouver ma solvabilité. Dieu merci, le crédit a finalement été accepté et j’ai enfin pu obtenir un logement à moi, dans lequel je me suis installée avec mes enfants.

Par la suite, j’ai travaillé pendant huit ans auprès d’une famille pakistanaise, où je faisais le ménage et la cuisine. J’étais en même temps la mère et le père de mes enfants. Tout reposait sur moi : les frais de scolarité, les dépenses quotidiennes, tout venait de moi. Et pourtant, je n’avais personne pour m’aider.

Depuis combien d’années travaillez-vous dans le travail domestique ?

Depuis toute la vie de mes enfants. L’aîné a aujourd’hui 26 ans et le second 20 ans.

Ils sont grands maintenant, ne travaillent-ils pas pour vous aider ?

Non. L’un de mes fils est malade et souffre d’une maladie chronique du cœur, tandis que l’autre poursuit encore ses études et est en stage.

Depuis quelque temps, je vis une situation extrêmement difficile à cause de l’accumulation des mensualités impayées, surtout celles liées au prêt immobilier. Chaque jour, je crains d’être expulsée et de perdre la stabilité que j’ai essayé de construire pour ma famille. Je ne sais plus comment équilibrer les dépenses quotidiennes, les besoins de mes enfants et les échéances bancaires qui s’accumulent. Tout dépasse aujourd’hui ma capacité à supporter cette situation, et la pression psychologique devient de plus en plus lourde.

Le plus difficile, c’est que je ne bénéficie d’aucune aide sociale ni d’aucun soutien. Je n’ai même pas de retraite malgré plus de vingt ans de travail. Ma survie dépend entièrement de mon travail quotidien : si je ne travaille pas un jour, je n’ai rien pour vivre le lendemain. J’essaie de continuer et d’assumer mes responsabilités, mais je suis arrivée à un stade d’épuisement, de peur et d’incapacité à trouver une véritable issue à cette situation.

J’ai toujours réussi à surmonter les difficultés, mais aujourd’hui je n’ai plus rien. Je vis simplement dans un logement économique qui m’offre à peine un peu de stabilité. Malgré ma situation difficile, je ne bénéficie même pas de l’aide sociale minimale accordée par l’État, sous prétexte que je possède ce logement. Mais en réalité, cette maison n’est plus une source de sécurité pour moi ; elle est devenue un poids qui me menace chaque jour à cause des crédits accumulés. Je n’aurais jamais imaginé arriver un jour à craindre de perdre mon logement ou de le voir saisi à cause de mon incapacité à rembourser, après toutes ces années de travail et de sacrifices.