Je suis arrivée dans le travail domestique après avoir travaillé dans une entreprise, mais je me suis retrouvée sans emploi. J’ai alors commencé à chercher un moyen de gagner ma vie et j’ai commencé à travailler dans les maisons, dans la cuisine et le ménage. J’essayais toujours de donner le meilleur de moi-même et de traiter les gens avec respect et positivité.
Comment était votre vie auparavant ? Et comment voyiez-vous les choses ?
Avant tout cela, j’avais beaucoup de rêves, mais je n’ai pas pu poursuivre mes études. J’ai traversé des périodes très difficiles, au point de passer parfois quatre jours sans manger. J’ai travaillé auparavant dans une entreprise de confection et dans d’autres domaines afin de pouvoir survivre.
Quelle est aujourd’hui la chose la plus importante dans votre vie ?
La chose la plus importante pour moi est de travailler, mais j’aimerais trouver un travail qui me respecte, préserve ma dignité et me permette de compter sur moi-même avec dignité.
Qu’est-ce qui vous fatigue le plus dans ce travail ?
L’effort demandé est très important. Parfois, vous faites tout dans la maison : la cuisine, le nettoyage, le rangement et toutes les tâches nécessaires, mais les gens ne voient pas cette fatigue et ne la reconnaissent pas à sa juste valeur.
Comment est votre relation avec les employeurs ?
La relation reste limitée au travail. Une fois le travail terminé, vous partez. Parfois, je travaille de huit heures du matin jusqu’à cinq heures de l’après-midi, voire jusqu’à six heures, et l’on me demande souvent des tâches supplémentaires qui n’étaient pas prévues au départ. C’est l’un des problèmes que nous rencontrons le plus souvent.
Ressentez-vous de la dignité ou de la reconnaissance dans votre travail ? Êtes-vous fière de ce que vous faites ?
Honnêtement, pas toujours. J’ai parfois l’impression que les gens ne nous valorisent pas suffisamment et que beaucoup nous traitent avec une certaine forme de mépris ou de dévalorisation. Nous ne voulons pas de ce regard ; nous voulons simplement être appréciées et entendre des paroles de respect et de reconnaissance.
Pensez-vous que votre dignité est préservée dans ce travail ?
Non, parce que la véritable dignité existe lorsqu’il y a des droits clairs qui vous protègent, comme dans les entreprises ou les emplois organisés. Dans le travail domestique, beaucoup de travailleuses n’ont ni droits ni garanties.
Qu’est-ce qui vous fait sentir respectée dans votre travail ?
Le respect, pour moi, c’est lorsqu’une personne vous traite correctement, vous parle avec respect et vous fait sentir que vous avez de la valeur. Parfois, un simple mot gentil ou un “merci” suffit pour qu’une personne sente sa dignité respectée.
Le regard des autres vous affecte-t-il ?
Oui, beaucoup. Lorsque vous entrez dans une maison et que les gens vous accueillent avec gentillesse et respect, vous ressentez du confort et de la dignité. Mais parfois, dès qu’il est question de droits ou de “papiers”, le comportement change, comme si cette dignité disparaissait soudainement.
Je ne sais pas pourquoi cela arrive, mais certaines personnes pensent encore que les travailleuses domestiques ne méritent ni droits ni considération, alors qu’elles travaillent et se fatiguent comme tout le monde. Et c’est là le véritable problème dont nous souffrons encore aujourd’hui.
Lorsqu’une travailleuse domestique peut travailler dans la dignité, en se sentant respectée et valorisée, elle peut accomplir son travail correctement. Mais lorsqu’elle ne trouve pas ce respect, les choses deviennent très difficiles pour elle. Parfois, une parole gentille vaut plus que tout le reste.
Dans certaines maisons, on nous demande de tout faire : cuisiner, nettoyer, ranger la maison, et parfois accomplir d’autres tâches qui n’avaient pas été prévues dès le départ. Nous essayons de faire notre travail correctement, mais certaines personnes ajoutent sans cesse de nouvelles tâches et attendent de nous que nous acceptions tout sans protester.
Parfois, vous entrez dans une maison pour effectuer une tâche précise, puis vous vous retrouvez obligée de faire tous les travaux ménagers sans arrêt, comme si vous deviez tout supporter seule. Cela affecte évidemment le bien-être psychologique, la santé et la sécurité, surtout en l’absence de droits et de protection.
Nous voulons simplement avoir des droits comme toute autre travailleuse, qu’elle soit instruite ou non. Car la travailleuse domestique est aussi un être humain, avec sa dignité et sa valeur.
Parfois, même lorsque vous avez des papiers ou des droits légaux, certaines personnes continuent de ne pas vous traiter correctement. Malgré cela, il faut continuer à travailler avec dignité et respect de soi-même.
Connaissez-vous vos droits et vos devoirs ? Connaissez-vous la loi 19-12 ?
Oui, je la connais, mais le problème est qu’elle n’est pas appliquée comme il le faudrait.
Pourquoi, selon vous, cette loi n’est-elle pas appliquée ?
Parce que beaucoup de gens ne la connaissent pas, et certains ne veulent même pas en entendre parler. Pourtant, à la fin, elle devrait être appliquée à tout le monde.
Qui est responsable de son application ?
Je pense que l’État et le gouvernement sont les premiers responsables de l’application de cette loi et de sa diffusion auprès des citoyens. Ensuite, les employeurs doivent être obligés de la respecter.
Car beaucoup de travailleuses connaissent cette loi, mais elles n’osent pas réclamer leurs droits par peur de perdre leur travail.
De quoi les travailleuses domestiques ont-elles besoin aujourd’hui plus que tout ?
Nous avons besoin d’une application réelle de cette loi, afin que la travailleuse domestique puisse travailler dans la dignité, disposer de papiers et de droits légaux, et ne plus être obligée de travailler dans des conditions humiliantes ou sans respect.
Nous voulons simplement que la travailleuse entre dans une maison en se sentant considérée comme une personne respectée, travaillant avec dignité, et non comme quelqu’un sans droits ni protection.
