KARAMATI, Fragments de vies en quête de dignité.<br />
Une exposition de portraits et de témoignages croisant les regards et les parcours de travailleuses domestiques de différentes générations dans la région de Rabat-Salé-Kénitra au Maroc. Portraits de Peter Casaer
Echos Communication a le plaisir de vous inviter au vernissage de l'exposition KARAMATI, Fragments de vies en quête de dignité.<br />
Une exposition de portraits et de témoignages croisant les regards et les parcours de travailleuses domestiques de différentes générations dans la région de Rabat-Salé-Kénitra au Maroc. Portraits de Peter Casaer<br />
Le vernissage sera suivi d'un moment d'échange. Lieu : Pianofrabriek, rue du Fort 35, 1060 Saint-Gilles. Date : Mardi, 16 juin 2026. Heure : 18h - 22h
KARAMATI, Fragments de vies en quête de dignité.<br />
Une exposition de portraits et de témoignages croisant les regards et les parcours de travailleuses domestiques de différentes générations dans la région de Rabat-Salé-Kénitra au Maroc. Portraits de Peter Casaer

Ce que leurs yeux m’ont dit

Fatima Outidir, Représentante pays Maroc, Echos Communication
Peter Casaer, photos

Pendant plusieurs années, le projet Karamati m’a permis de rencontrer des travailleuses domestiques dans différentes villes de la région de Rabat-Salé-Kénitra. Au fil des rencontres et des conversations, j’ai appris à mieux les connaître.

J’ai découvert des femmes confrontées à la maladie d’un conjoint, au divorce, au veuvage ou encore à la responsabilité d’élever seules leurs enfants. J’ai compris que derrière chaque travailleuse domestique se trouve une histoire de vie beaucoup plus complexe que ce que l’on imagine. Beaucoup de femmes ne choisissent pas réellement ce métier. Elles l’exercent avant tout pour survivre.

Cette nuance est essentielle.

Car ces femmes ne se résument pas à leur travail. Elles portent des responsabilités immenses. Elles prennent soin de leurs proches. Elles assument des charges que l’on imagine rarement lorsque l’on parle de travail domestique.

“Je devais choisir : nourrir mes enfants ou m’acheter des médicaments.”

“Ma plus grande peur ? Perdre mon logement. La banque menace de m’expulser.”

“Certaines personnes nous regardent de haut. Comme si nous ne valions rien.”

“Parfois, je me sentais comme un animal. Pas de nom, pas de visage, seulement des mains pour travailler.”

“Le pire n’était pas le travail. C’était l’impression de ne pas exister.”

“C’est comme si tu es une machine, pas un être humain.”

“Je priais chaque jour : « Faites que je sois en sécurité aujourd’hui. » Comme si la sécurité est un luxe.”

“Parfois, on ne me laissait pas rentrer quand il faisait noir. « C’est trop dangereux », disaient-ils. Et pourtant, je me sentais plus en sécurité dans la rue.”

Quand l’inacceptable devient ordinaire.

Ce qui m’a frappée, c’est la normalité avec laquelle certaines femmes racontaient des réalités extrêmement dures.

Des journées de douze heures sans pause. Des années de travail sans déclaration, parfois pendant vingt ans ou davantage. Des licenciements du jour au lendemain. Des maladies sans protection sociale ni accès aux soins.

Comme si tout cela était normal, habituel, acceptable. Pourtant, comment pourrait-on accepter l’inacceptable ?

Certaines femmes ont également évoqué des violences physiques, psychologiques ou sexuelles. Pas toujours frontalement. Parfois à demi-mot. Parfois au détour d’une phrase. Parfois seulement après plusieurs rencontres.

J’ai entendu parler d’humiliations, de violence verbale, de contrôle excessif, de harcèlement sexuel et de situations de grande vulnérabilité. Mais ce qui m’a le plus marquée, ce sont les violences ordinaires. Ces violences qui deviennent tellement habituelles qu’on finit par ne plus les identifier comme telles.

Être traitée comme quelqu’un qui compte moins. Être considérée comme inférieure. Être remplacée du jour au lendemain sans garantie ni sécurité. Travailler pendant des années sans protection sociale. Vieillir, après toute une vie de travail, sans retraite. Ces violences-là laissent des traces profondes.

“Mon mari était malade et ne pouvait pas travailler. Je devais payer des médicaments et des opérations. Quand j’ai demandé une petite augmentation, j’ai été renvoyée.”

“J’ai demandé un contrat. L’employeuse a dit : « Si tu veux ça, alors pars ».

“J’avais toujours l’impression de marcher sur des œufs. Un seul mot de travers, et je perdais mon travail.”

“Nous sommes 48 femmes. Nous exigeons nos droits. Parce que nous méritons le respect.”

Vulnérabilité, pouvoir et injustice

Toutes les travailleuses domestiques ne vivent pas les mêmes situations. Certaines parlent d’employeurs respectueux, qui reconnaissent leur travail et les traitent avec considération. D’autres racontent des formes d’exploitation particulièrement dures.

Mais ce qui revient constamment, c’est la vulnérabilité. La peur de perdre son travail. L’absence de protection sociale. L’obligation d’accepter des conditions que l’on n’accepterait pas si l’on avait réellement le choix. Je pense que l’injustice se situe souvent là.

Il ne s’agit pas seulement de domination entre individus. Il s’agit aussi d’un système où certaines personnes ont le pouvoir de fixer les règles tandis que d’autres disposent de très peu de marge de manœuvre et doivent accepter amèrement les règles du jeu.

Cette domination peut être économique. Elle peut être sociale. Elle peut être liée au genre, à l’éducation, à l’analphabétisme ou à la précarité. Souvent, toutes ces dimensions se cumulent.

Mais il faut être vigilant. Réduire ces femmes à leur souffrance serait aussi une forme d’injustice. Il faut être attentif à ne pas stigmatiser une représentation que l’on cherche précisément à faire évoluer. Leurs vies ne se résument pas à ce qu’elles ont subi.

Elles parlent aussi de dignité, de résistance et de courage. Malgré les difficultés, ces femmes continuent à avancer, à travailler, à soutenir leurs familles et à porter les autres.

Des changements possibles

Le projet Karamati a aussi montré que les mentalités peuvent évoluer. J’ai vu des femmes qui n’osaient pas prendre la parole commencer à raconter leur histoire. J’ai vu des femmes qui ne connaissaient aucun de leurs droits commencer à les revendiquer. J’ai vu grandir la confiance en soi.

La loi 19-12 a constitué une avancée importante. Il faut le reconnaître. Mais une loi n’a de sens que lorsqu’elle est connue, comprise et appliquée. Or, beaucoup de femmes ignoraient son existence avant leur participation au projet. Le défi aujourd’hui n’est plus seulement l’existence de la loi. C’est son appropriation par la société.

Il s’agit de reconnaître pleinement les travailleuses domestiques comme des travailleuses à part entière, avec les mêmes droits et la même dignité que toute autre personne. Le changement est parfois lent. Mais il existe. J’en ai vu les signes.

“La loi existe, mais qui l’applique ?”

“La première fois que j’ai dit « non » à un employeur, je me suis sentie libérée.”

“Je refuse de me laisser humilier. Si une employeuse ne me respecte pas, je pars.”

“Nous ne voulons pas seulement survivre. Nous voulons vivre. Avec des droits, avec du respect.”

Ce que leurs yeux m’ont dit

Ce qui me touche le plus, ce sont les trajectoires silencieuses. Tout n’est pas dit dans les entretiens. Tout n’est pas dit dans les conversations. Ce que leurs yeux m’ont dit, sans que les mots ne sortent toujours de leur bouche, va souvent bien au-delà de ce qui est prononcé.

Dans ces regards apparaissent des responsabilités immenses, des inquiétudes, des sacrifices, mais aussi une force remarquable.

Je me trouve face à des femmes qui portent des vies entières sur leurs épaules. Des femmes qui continuent à avancer malgré la précarité, malgré l’incertitude, malgré les obstacles. Chacune d’elles est à elle seule une histoire à raconter et à faire vivre.

Et c’est peut-être là l’essentiel : créer des espaces où ces voix peuvent enfin être entendues.

 

Fatima Outidir, Représentante pays Maroc, Echos Communication

“Je rêve d’un avenir où les femmes seront aussi respectées que les hommes.”

“Je rêve de tranquillité. D’une vie dans la dignité, sans peur.”

“Je ne veux pas que mes filles vivent les mêmes souffrances ou traversent les mêmes épreuves que moi.”

“Je suis jardinière, une femme, une combattante. Et je n’abandonne pas.

Le respect de la personne commence par le respect de son travail de ses droits.

 “Accepter que mes droits ne soient pas garantis ? Non, jamais.”

Ecole de jardinage, une autre facette de Karamati

Les jeunes jardinières représentent une autre facette du projet. Beaucoup viennent de milieux modestes.

Certaines ont quitté l’école très tôt. D’autres n’imaginaient pas pouvoir exercer un métier traditionnellement considéré comme masculin. Ce qui m’impressionne chez elles, c’est leur confiance grandissante.

Quand je les écoute aujourd’hui, je vois des femmes qui gagnent en assurance, qui se projettent dans l’avenir et qui osent imaginer leurs propres activités. L’autonomisation commence souvent par quelque chose de simple : croire que sa place existe.

Aujourd’hui, Bouchra, Majda, Maïma et d’autres y croient.

Karamati

Le projet Karamati — « ma dignité » en arabe — accompagne des travailleur·euse·s domestiques et de jeunes jardinier·ère·s dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, au Maroc : des personnes invisibilisées du secteur informel, souvent confrontées à la précarité et à des formes persistantes de domination et d’injustice sociale.

Porté par l’ONG belge Echos Communication, le projet soutient et renforce l’autonomie de ces hommes et femmes à travers la sensibilisation à leurs droits, des ateliers de formation et des réseaux syndicaux locaux.

Il les aide à gagner en indépendance, à défendre leurs droits et à accéder à des conditions de travail plus sûres et plus équitables.

Echos Communication

Echos Communication est une ONG belge active au Maroc, au Sénégal et en Belgique dans les domaines de la justice sociale, des droits du travail et de l’inclusion.

En collaboration avec des partenaires locaux et d’autres organisations belges, elle accompagne des projets de terrain destinés à des publics en situation de vulnérabilité, notamment des femmes, des jeunes et des personnes migrantes.

Elle joue un rôle de trait d’union entre les organisations de la société civile et les pouvoirs locaux et régionaux. Son action vise à renforcer l’accès aux droits, l’autonomie et des conditions de vie et de travail plus justes.

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