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Kasàlà. Célébration de l’identité

Le Kasàlà est la célébration de l’identité d’une personne. Issu de la tradition orale africaine, cet art consiste à faire l’éloge de quelqu’un ou de soi-même. Le strelitzia le symbolise à plus d’un titre: flamme intérieure qui jaillit, diversité des couleurs et des sens, explosion des limites…

Du Sénégal à l’Afrique du Sud, toute l’Afrique Sub-Saharienne connait et pratique cet art. Au Congo, on l’appelle Kasàlà. Il rappelle ou révèle à chacun ses qualités, son histoire, ses liens avec les autres et avec son environnement.

Quand on entend parler d’éveil des potentiels, de mise en marche ou encore de richesses intérieures, on, les esprits cartésiens en tête, ne sait pas toujours ce que l’on doit comprendre. Et au-delà de la clarté des concepts, leur mise en application s’avère souvent encore plus floue. Pourtant, Jean Kabuta, professeur émérite de l’Université de Gand et fondateur de l’asbl Kasàlà, nous montre comment réveiller les forces qui sont en nous. Depuis plus de 20 ans, il étudie et revisite un des éléments centraux de l’art oratoire africain.

Estime de soi

«J’utilise le Kasàlà comme outil de développement. C’est un texte, oral ou écrit, qui célèbre l’identité de quelqu’un sous forme de louange ou d’autolouange. Le constat de départ est que tout homme est plus ou moins abîmé. Si on prend l’exemple de l’Afrique, la traite négrière, la colonisation et les dictatures ont profondément marqués l’identité. La succession de ces événements a entraîné l’intériorisation d’une image négative de soi. Je me suis demandé comment inverser ce langage intérieur. Comment faire grandir l’estime de soi et amener les gens à reprendre en main leur avenir ? » Jean Kabuta a trouvé l’inspiration au plus profond de sa culture. « J’ai pris conscience de la force que la Kasàlà véhicule. C’est incroyable de voir l’effet que cela peut avoir sur les gens quand ils entendent leurs forces, quand on les resitue dans leur environnement de manière positive. Par exemple, on a rencontré beaucoup de succès parmi les femmes. Elles qui sont souvent brimées apprennent ou se souviennent tout à coup qu’elles ont de la valeur, qu’elles sont quelqu’un. De même, dans des endroits où nous avons travaillé, on constate qu’une série de comportements comme la mendicité disparaissent.»

Du Sud vers le Nord

Jean_KabutaSous l’impulsion de Jean Kabuta et de son équipe, l’outil prend une dimension universelle. Il a d’ailleurs été présenté lors du récent sommet de la francophonie à Kinshasa. En dehors du contexte africain, des résultats significatifs ont déjà été enregistrés. «Au sein de l’organisation, on a la volonté de répandre cet art pour que tout le monde puisse en profiter. Augmenter l’estime de soi est une plus-value pour chaque être humain. Et notre message est bien accueilli. Par exemple, nous allons former plus de 800 personnes dans une grande entreprise belge du Bel20. Au Canada, des spécialistes en pédagogie de l’Université de Québec à Rimouski sont en train de développer de nouveaux instruments plus facile encore à utiliser.» Bien sûr, le monde de la coopération n’est pas oublié. «Je pense que si les ONG sont ouvertes, si elles ont assez d’humilités pour reconnaître que des techniques efficaces peuvent venir d’Afrique, nous serons toujours heureux de pouvoir partager notre expérience.»

Un homme nouveau

Finalement, l’atout majeur de cet outil venu d’ailleurs est son taux de réussite impressionnant. «Je le pratique depuis plus de 20 ans et ça marche ! L’émotion suscitée est la même quelle que soit la langue. La croyance que l’être humain a le pouvoir essentiel de conduire sa propre vie fait des miracles. Fondamentalement, ce qui m’intéresse ce n’est pas le développement de l’Afrique ou de quelque autre partie du globe. L’ambition est de participer à l’émergence d’un homme nouveau, indépendamment de sa nationalité, de son statut ou de sa richesse. Je crois qu’on peut créer d’autres manières d’être ensemble, dans une plus grande humanité.»

Comment ça marche?

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Fonctionnement de base

Traditionnellement, le texte se construit autour du nom de la personne. Il y a bien entendu son nom propre mais également des noms de lieux ou des noms faisant référence aux ancêtres, à la culture ou à l’ethnie. Certains artistes introduisent même des objets, la faune, la flore…

La personne

Dans sa version universalisée, le Kasàlà s’attache davantage aux traits de personnalités, aux accomplissements individuels, aux relations interpersonnelles… En somme, tous les éléments qui construisent l’identité d’une personne. On cherche avant tout à recenser les qualités.

Amplification et célébration

Le principe de base est de souligner avec une pointe d’exagération, voire une totale démesure, les qualités découvertes. En disant les choses d’une manière forte, elles ont beaucoup plus d’impact. Par l’émerveillement devant la personne célébrée, on lui donne une place centrale.

Effets

Cette dose concentrée de bienveillance, cette reconnaissance de la personne apporte presque automatiquement un boost à la confiance en soi et renforce la capacité d’action.

Les forces

  • L’outil montre une très grande efficacité. La réaction se sent à l’intérieur et se voit à l’extérieur.
  • Il engendre un retour au sens des responsabilités. La notion de fatalité s’évanouit et les personnes prennent conscience qu’elles sont responsables de ce qu’elles vont faire de leur vie.
  • Il a un caractère universel. Il peut être reproduit partout et ne demande pas d’investissement matériel.
  • Le Kasàlà se fait généralement en public. Non seulement, cela permet de faire rayonner la démarche, mais la célébration publique enclenche également un mécanisme de contrôle social qui renforce la durabilité de l’action.

Les limites

  • Dans certains cas, le Kasàlà n’occupe qu’un rôle de déclencheur. Il faut donc assurer un accompagnement individuel, ce qui peut demander un investissement personnel important.
  • Même si l’outil se veut universel, il doit toujours être adapté au contexte. Si le but reste invariablement de bâtir sur les forces, introduire le concept peut s’avérer délicat en fonction du milieu d’intervention et des codes qui y sont vigueur.

Roger Kabeya, Juriste et Expert (1)

Témoignage

«Il faudrait que cet instrument soit beaucoup plus répandu et utilisé dans nos pratiques quotidiennes. En RDC, on sent très fortement l’absence d’une classe moyenne: soit on est riche, soit on est pauvre. Le Kasàlà qui réinvente un discours intime permet à chacun d’avoir la conviction qu’il a de la valeur et que la communauté peut compter sur lui. On a tous des raisons de croire qu’on peut apporter quelque chose à la société ou faire encore mieux ce que l’on fait déjà. C’est une autre façon de voir la vie, qui plus est à travers sa propre culture. À terme, je pense même que le Kasàlà pourrait être cet outil au service de la sécurité et de la paix dont la région des Grands Lacs a grandement besoin.»

(1) Au Centre régional de recherche et de documentation sur les Femmes, le Genre et la construction de la Paix dans la région des Grands Lacs.

Laurence Delperdange, Animatrice

«J’utilise le Kasàlà à la prison de Nivelles. L’objectif est que les détenus puissent reconstruire l’image qu’ils ont d’eux-mêmes par l’auto-louange. Le lien à soi est très fort ce qui ne facilite pas toujours les choses dans le milieu carcéral : ils n’ont pas l’habitude de parler d’eux-mêmes. Mais petit à petit, les effets positifs se font sentir. Pour ceux qui suivent l’atelier, c’est un petit moment de bonheur de se retrouver.»

Le Kasàlà du Kasàlà

Je suis KASÀLÀ

Je fédère des femmes et des hommes

Qui incarnent la parole du cœur.

Ils libèrent et diffusent le Kasàlà,

Ce souffle créateur

D’inspiration africaine

Afin de transformer en profondeur Le magma de nos ombres

En lumière créative et chaleureuse.

Mon désir, ma raison d’être ?

Que partout et chez chacun

La dignité s’affiche

Relie, s’élève et se propage.

Martine Dory

L’asbl Kasàlà donne des formations et ateliers partout en Belgique. Pour plus d’info, contactez leur équipe via info@kasala.be

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