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En lumière. Le modèle CAP est mort
En lumière

Le modèle CAP est mort

En matière de sensibilisation, le modèle CAP a longtemps été une référence pour moi. Il propose une stratégie d’intervention pour changer les comportements : une personne ne pourra changer son comportement et ses habitudes que si elle en a la connaissance (« C »), qu’elle adopte une attitude (« A ») adéquate avant qu’enfin elle ne puisse changer sa pratique (« P »).

Illustré à l’aide de l’exemple du développement durable, cela donne :

  • Si la personne ne sait pas que rouler en voiture émet du CO2 néfaste pour la planète, il n’y a pas de raison qu’elle y fasse attention. De la même manière qu’il y a 50 ans, on déversait les déchets chimiques dans les rivières sans se poser de questions. Un film tel que « Une vérité qui dérange » de Al Gore a beaucoup contribué à modifier les connaissances à ce sujet.
  • Si la personne n’est pas sympathique par rapport à la problématique, qu’elle n’y trouve pas de motivation ou de sens pour elle-même, il y a peu de chance qu’elle soit encline à modifier son comportement. Si elle ne se sent pas concernée par les émissions de CO2 parce que l’impact n’est pas visible pour elle, il y a peu de chance qu’elle adopte une attitude responsable. Une attitude positive est un signe motivationnel.
  • Une fois les deux premières conditions réunies, la personne peut alors être accompagnée dans son changement d’habitude. Des avis tels que conduire avec moins d’accélérations, moins vite, plus progressivement, etc. peuvent alors être les conseils et trucs qu’elle attendait pour passer à l’acte.

Simple. Linéaire. Séduisant. Sauf que ça ne marche pas. Le fossé qui existe entre des personnes parfaitement au courant des effets nuisibles de l’émission de C02 et de leur responsabilité dans le phénomène ne changent que marginalement leurs habitudes.

Où est le bug du modèle ? Je pense que le modèle surestime largement le caractère rationnel des êtres humains. Les éléments qui influencent plus que le rationnel sont le rôle modèle du voisin, le conseil de la personne de confiance, la situation de précarité ou non de la personne qui peut donner plus de poids à l’immédiateté de ses actions plutôt qu’à ses bénéfices à long terme, etc.

Aujourd’hui, la stratégie de changement que je préconise est un modèle inverse : faire expérimenter des situations par les personnes pour qu’elles ancrent des émotions fortes, surprenantes ou troublantes. Un changement ponctuel de pratiques associé à un changement d’attitude positive.

Leur mettre à disposition une palette de conseils, solutions, trucs et méthodes parmi lesquels elle fera son choix, en fonction de ses propres moteurs motivationnels.

Et enfin, un accompagnement pour l’aider dans ses premiers pas de changement d’habitude. On a beau savoir et vouloir le changement, le premier plongeon dans la piscine peut être associé à toutes sortes de réticences, voire de résistances, qui nécessite un petit coup de pouce, de tenir une main rassurante.

Ça vous parle ? Où est le bug dans ce modèle-ci ?

Miguel De Clerck