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De la (contre-)productivité de l’utilisation des préjugés

De la (contre-)productivité de l’utilisation des préjugés

Lors d’un récent événement organisé par l’ONG CEC* sur la communication des ONG, et plus particulièrement sur les stéréotypes et préjugés qu’elles véhiculent, j’ai présenté l’ONG Echos Communication en faisant référence à la fameuse phrase : « Donne un poisson à un Homme, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie ». Cette phrase n’est rien d’autre qu’une allégorie – et donc un cliché, un stéréotype ou un préjugé, si vous préférez – sur le changement de paradigme prôné il y maintenant près de 3 décennies dans le secteur de la coopération au développement.

Comme le formule Jens Sedemund**, « Le vrai sens derrière l’allégorie du pêcheur est le besoin de franchir la dépendance afin que les pays en développement, les peuples pauvres, puissent prospérer grâce à leur propres efforts.» Chez Echos Communication, nous pensons que plus qu’apprendre à pécher, c’est apprendre à aimer pécher qui initiera la dynamique de développement. Que la prise en compte des motivations, du sens, des talents et des us et coutumes sont des éléments au moins aussi importants que le « renforcement de capacités »*** pour stimuler un avenir souhaité et donc meilleur.

Les réactions furent diverses. Pour certaines personnes, l’utilisation de l’allégorie  permet d’initier la réflexion à partir d’un patrimoine des connaissances largement partagées.  Même s’il s’agit d’une généralisation d’une forme de coopération qui est aujourd’hui dépassée, elle contient encore des ingrédients qui restent aujourd’hui bien réels et/ou bien compris, voire intégrés. Il suffit de voir les sourire d’acquiescement à l’évocation de l’allégorie…

Pour d’autres, la référence au cliché est inaudible, parce que généralisante, manquant de nuances, de finesse et se permet donc un jugement qui ne tient pas compte des efforts consentis pas certaines ONG à faire mieux ou différemment. Et ils ont aussi raison. Le cliché qui manque de reconnaissance en devient excluant. De plus, il n’embrasse pas toute la complexité donc il n’EST pas la réalité.

Ce que je retire de cette anecdote :

Le stéréotype n’est pas la réalité mais n’est qu’une partie de la réalité.

Son utilisation est intéressante pour recruter chez son interlocuteur un acquis bien ancré. Il devient contreproductif lorsque, soit il incarne le symbole d’une aversion (auquel cas le dialogue est bloqué d’emblée), soit les précautions oratoires n’annoncent pas que l’objectif n’est pas de valider le cliché mais de partir de lui pour démarrer une réflexion plus affinée.

Je continuerai à les utiliser mais avec plus de prudence et en fonction du public auquel je m’adresse.

Miguel De Clerck

 

* http://cec-ong.org/

** http://www.huffingtonpost.fr/jens-sedemund/les-incoherences-de-l-aide-au-developpement_b_1723344.html

*** Encore un mot passe-partout qui flirte avec le cliché…