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comment faire pour…

Rester zen

« Il m’énerve ! »… et, ne soyons pas sexiste, elle aussi ! A moins d’avoir comme le dalaï lama une infinie capacité à rester zen, la vie, professionnelle ou non, nous confronte régulièrement à ces personnes horripilantes à souhait. Le hic, c’est qu’il faut vivre, travailler, négocier avec ces gens-là, comme dirait Brel. Alors comment rester zen ?

On pourrait citer à l’envi une quantité invraisemblable de situations où nous nous trouvons confrontés à des personnes avec lesquelles le courant ne passe pas, notamment parce qu’un petit détail nous énerve systématiquement : ce gestionnaire de dossiers qui ne s’attache qu’aux virgules et pas à l’esprit du texte, ce partenaire du sud qui, décidément, n’a pas la même conception du temps que moi et est systématiquement en retard, ce collègue invariablement débordé après lequel il faut tout le temps courir, cet autre qui est bordélique à souhait, celui-là enfin, intarissable, qu’on ne peut interrompre une fois qu’il a pris le crachoir.

Une colère contre-productive

Certes, un bon coup de gueule de temps en temps peut faire du bien, éclaircir une situation, mais la plupart du temps perdre patience et s’emporter est contre-productif au niveau relationnel. Car, si cet état devient visible – et généralement, il l’est –, il laisse l’autre perplexe, voire méfiant. Pas idéal pour créer une relation constructive. Un exemple de dérive? Fin février 2012, la presse a fait ses choux gras des emportements d’Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, face à Jérôme Guedj, président PS du Conseil général de l’Essonne (1). Et tout le monde de s’étonner. Perdre ses nerfs parce que le socialiste qualifie de « délétère », d’«indigne», le débat français sur l’identité nationale, est-ce bien raisonnable ?

Surtout qu’une attaque de ce type est non seulement attendue, mais de bonne guerre… Dans un débat politique, l’erreur de Guaino saute aux yeux – il l’admettra d’ailleurs le lendemain. Il a perdu le contrôle de lui-même et de la situation…

Ces intolérances qui nous dirigent

Toute proportion gardée, l’énervement lié à ces « je ne supporte pas cette attitude » non seulement nous prive d’intelligence et de lucidité, mais aussi nous met en porte-à-faux par rapport à la personne en question. Car en dehors du contexte du débat politique où l’affrontement est la règle, si l’énervement vous gagne dans la relation avec un collègue, les choses se compliquent. Celui qui est en face n’a en général pas conscience que son attitude peut énerver les autres. En dehors de votre conjoint, savez-vous quelles sont vos attitudes qui énervent vos collègues? Pas gagné.

C’est quoi ce porte-à-faux, alors ? Simplement que l’esprit humain présente une fâcheuse tendance à ne se focaliser que sur la caractéristique énervante. Résultat : toutes les qualités dont cette personne peut par ailleurs faire preuve passent au second plan. Ou sont ignorées. C’est l’un des effets du stress dont une méta-étude menée en 2009 par le professeur Eric Gosselin montrait que son augmentation faisait diminuer la performance dans 75% des cas. Gênant. D’où la question, comment rester zen? Comme en médecine, une petite phase de diagnostic s’impose. Oh, pas grand chose. Mais il est important de savoir ce qui se passe en nous et en face de nous. L’autre adopte-t-il sciemment un comportement manipulatoire pour vous énerver. Dans cette hypothèse, on change de registre et nous aurons l’occasion d’y revenir dans un autre article.

Deuxième hypothèse, l’autre est simplement comme ça! Deux autres questions aident à y voir plus clair. Suis-je énervé quelle que soit la personne qui présente ce trait de caractère ou cette attitude? Deuxième question, suis-je systématiquement dans le même état lorsque je suis confronté à ce comportement? Si la réponse est positive à ces deux questions ? Bingo, nous avons détecté une intolérance… La bonne nouvelle, c’est qu’on peut l’assouplir. Le principe consiste à ne plus être pareillement affecté par cette intolérance.

En l’assouplissant, on regagne un zeste de liberté.

(1) Voir sur le site du Nouvel Observateur

(2) Des techniques de prise de recul comme la pleine conscience ont été médicalement étudiée, notamment sur des maladies graves. Voir :

http://www.catie.ca/fr/nouvellescatie/2011-06-15/reduction-stress-pleineconscience-chez-lhommeseropositif-resultats-dun-e

(3) Is a messy desk a good thing? 

(3) Jia Liu, Dirk Smeesters, Debra Trampe. « Effects of Messiness on Preferences for Simplicity» . Journal of Consumer Research

 

Comment faire ?

1

Devenir attentif à nos énervements

C’est enfoncer une porte ouverte, nous direz-vous. Vrai sur le principe. Faux en pratique car nous ne sommes ni éduqués ni câblés neurologiquement pour porter attention et recul à nos stress (l’énervement en est une forme). Prendre la bonne habitude de revenir sur ce qui nous énerve, installe progressivement un recul salvateur. Les études montrent que ce seul recul fait déjà baisser la tension (2).

2

Décider d’agir sur soi en priorité

Si de manière générale, une tendance propre à l’humanité est de décider que « c’est l’autre le con dans l’histoire», on aura compris que le problème est plus chez nous que chez l’autre… Les maîtres en coaching vous l’apprennent très vite: il ne sert à rien de vouloir changer l’autre. S’il y a quelqu’un sur lequel vous avez un tant soit peu de contrôle, c’est vous-même.

3

Assouplir l’intolérance

Lorsqu’une intolérance par rapport à une attitude ou un comportement est détectée, on peut activer la zone de notre cerveau la plus subtile, la plus adaptée et la plus propice au changement: le cortex préfrontal. Et lui, il adore une série de choses toutes simples en apparence : la curiosité (quels avantages y a-t-il à être, mettons, désordonné? Quels inconvénients y a-t-il à être toujours ordonné?), l’acceptation (Bon, il est comme il est, je ne vais pas le changer), la nuance (Quelle situation exige d’être méticuleux? Quelle autre le nécessite moins?), la relativité (Qu’est-ce que pensent les autres du désordre?) ou encore la réflexion (Quel lien y a-t-il entre le désordre et l’efficacité? (3)).

L’effet n’est pas garanti à court terme, mais la systématisation de la prise de recul, de l’acceptation que la solution se trouve en soi et enfin l’activation des vertus du cortex préfrontal permettent d’assouplir cette intolérance.