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L’immigration au-delà des clichés
en lumière

L’immigration au-delà des clichés

Comment rendre compte de l’immigration sans tomber dans les clichés habituels que l’on retrouve dans les médias ? Comment exprimer la complexité et la pluralité du phénomène à travers une simple image ? « Simple » ? Pas tellement. Car les images véhiculées dans les médias contribuent largement à caricaturer un phénomène que l’on cerne mal et que l’on a souvent peu envie de comprendre mieux. C’est ce que révèle Nathalie Hof dans un dossier consacré au sujet par le webmagazine de culture photo et de société, OAI13. Lasse de retrouver constamment les mêmes images dans la presse, elle interroge des photographes spécialisés dans les reportages sur l’immigration, en posant une question centrale : Y a-t-il une concordance ou un décalage entre les images sélectionnées par les médias et celles privilégiées par les photographes ? Les témoignages des photographes semblent unanimes. S’ils choisissent de partir à la rencontre d’une autre immigration, la presse n’en continue pas moins de diffuser les images classiques et stéréotypées que nous connaissons tous : celles de migrants désespérés, déshumanisés, qui s’entassent dans des campements précaires ou donnent l’assaut en masse contre les barrages frontaliers. Nathalie Hof : « Dans la presse quotidienne, l’image doit parler d’elle-même. Elle doit nous permettre d’identifier de manière immédiate de qui et de quoi l’on parle : « Ce sont des photos qui parlent d’elles-mêmes, efficaces, dotées d’un message et d’une information claire » nous dit Raphaël Fournier [photojournaliste s’intéressant au phénomène migratoire, Ndlr]. Le lecteur a besoin d’identification et ces photos, simples d’interprétation, permettent d’avoir des clés de lecture facile. » Emmanuel Zbinden, un iconographe également interviewé par Nathalie Hof, résume l’affaire simplement : « On veut voir ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir. »

Si ces images reflètent bien une partie de la réalité, elles la tronquent aussi en ne la représentant que de manière partielle. Elles ne montrent pas l’autre visage de l’immigration, que l’on semble ne pas vouloir voir. C’est ce que raconte Christophe Stramba, qui documente un reportage sur les migrants vivant dans les camps bulgares :

« Lors d’une lecture de portfolio, j’ai montré la photo d’un réfugié syrien assis à la terrasse d’un bar branché : il est hyper clean, boit une bière et utilise le WIFI sur son téléphone portable. L’iconographe en face de moi s’est sentie dérangée par cette image : ça ne correspondait pas à la représentation qu’elle se faisait du migrant. Ma série manquait de photos percutantes. Mais je ne vais pas faire de la mise en scène pour dire que les migrants dorment dans des hangars alors que ce n’est pas le cas. Peut-être que c’est effectivement le cas sur certains parcours migratoires, mais dans le camp où j’étais, non. J’ai rencontré des gens qui avaient un budget de 4000, 5000, 6000 euros. J’ai rencontré des gens qui avaient 2 maisons, partaient en vacances très souvent et avaient une culture hallucinante. La scène sur cette photo, ça pourrait se passer en bas de chez moi. Et qui me dit qu’en bas de chez moi il n’y a pas aussi des réfugiés syriens ? On met les gens dans des cases et on s’attend à ce qu’ils soient comme ça mais on ne voit pas vraiment la réalité en face. »

 

Comment rompre alors avec une tradition de sélection iconographique qui semble si peu modulable ? Pour Nathalie Hof, il faudrait cesser de se concentrer uniquement sur les images fortes de passage. Elle s’appuie sur le témoignage d’Olivier Jobard, photojournaliste spécialisé dans l’immigration depuis 10 ans :

« On a beaucoup vu de photos de passage dans l’enclave espagnole de Melilla au Maroc où les migrants apparaissent comme des hordes sauvages. En fait, ils se déshumanisent volontairement en se mettant en groupe pour pouvoir passer. Ce sont souvent des gens éduqués mais ils sont dans un tel besoin de mettre en œuvre ce passage qu’ils sont prêts à tout. »

Humaniser les récits, montrer d’autres réalités : les images seraient sans doute moins spectaculaires, mais non moins poignantes puisque plus incarnées. Nathalie Hof propose par ailleurs d’accompagner ces images de récits narratifs, qui rendraient compte des parcours de vie de chacun, humanisant ainsi les sujets photographiés.

 

Voilà qui fait parfaitement échos au projet de notre collègue Wivine Hynderick, qui organise des ateliers Harubuntu, invitant des migrants à témoigner de leur parcours. En janvier 2015, le premier atelier s’est tenu à Bruxelles, où des migrants Marocains se sont réunis pour partager leurs expériences. En février 2015, le second atelier a eu lieu à Oujda, au Maroc. Les participants venant d’Oujda, de Berkane et de Nador ont témoigné de leur vécu migratoire sans misérabilisme. Des parcours singuliers pour une autre vision de l’immigration, que nous partagerons bientôt avec vous… On vous donne rendez-vous prochainement sur notre blog.

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Lire l’article sur OAI13

 

CÉLINE PRÉAUX