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comment faire pour…

Modérer une colère

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C’était le mot à ne pas dire… L’autre part au quart de tour. Le ton monte, la voix devient sèche. C’est clair, il est énervé. Et le pire, c’est que lorsqu’on lui demande de relativiser, de ne pas s’énerver, d’être plus cool, lorsqu’on cherche à minimiser les choses, ça repart de plus belle. Conclusion, demander à un énervé de se calmer n’est peut-être pas la bonne manière d’y arriver.

Cette impatience, cet énervement, cette colère sont l’expression d’un stress dit “de lutte”. C’est par lui que nous terminons la série des articles consacrés aux trois formes du stress. Pour en comprendre l’origine, un retour sur le règne animal s’impose. Que fait un chat lorsqu’il est acculé dans un coin par un chien? Il hérisse ses poils, se met à souffler et émet des cris dont l’objectif est simple : décourager le chien d’en faire son menu du jour. Et si ça ne suffit pas, il est même capable d’attaquer pour se défendre. Souvent le chien bat en retraite même s’il est plus gros.

Le stress de lutte est une réponse à ce qui est perçu comme un danger que l’on pense pouvoir dominer. Mais, comme nous l’avons déjà évoqué pour les stress de fuite et d’inhibition, ce mécanisme de survie fonctionne hélas aussi avec d’autres objets ne présentant aucun danger de mort : irritabilité sur le désordre, sur l’absence de ponctualité, colère en cas d’injustice, énervement face à une personne qui coupe sans cesse la parole, susceptibilité en cas de contradiction… Si les raisons de s’énerver sont légions, la manière de penser, l’émotion et le comportement d’une personne “en lutte” restent les mêmes (voir symptômes).

Colère et perte de contrôle

Comme dans le monde animal, l’homme en colère perd le contrôle de sa pensée pour se focaliser sur son but : ne pas se faire dominer ou plutôt reprendre le contrôle de la situation. S’il le faut, il ira jusqu’à se battre. Ce comportement est un reliquat de l’évolution. Si nous reprenons l’exemple du chat, on imagine facilement que, coincé par le chien, il n’a aucun intérêt à montrer le moindre signe de faiblesse, le chien en profiterait. L’homme fait de même. Il ne montre aucun signe de faiblesse et amplifie tout, raison pour laquelle ses paroles dépassent vraiment sa pensée. La colère fait passer à une démesure qui entraîne le vis-à-vis dans la tourmente. La colère de l’un fait réagir l’autre. Pour les uns, ce sera l’évitement (stress de fuite), pour les autres, un silence soumis ou des pleurs (stress d’inhibition), pour d’autres enfin, ce sera également de la colère (stress de lutte).

Le hic, c’est que si la colère de l’autre me met en état de stress, il me devient impossible de le faire sortir de sa colère. Pour y arriver, il faut 1) comprendre que s’il est en colère, il n’est pas pleinement lucide et 2) comprendre qu’il est presqu’impossible de le raisonner. Avant de l’amener vers de la nuance, de la relativisation, il faut qu’il sorte de son état. Considérez-le alors comme un crocodile. Un crocodile ayant toujours raison, il faut lui donner raison, en tout cas sur la forme. Pour lui, la situation est vécue comme une injustice. Lui donner raison, c’est lui enlever son carburant. Faute de carburant, le stress s’éteint. Il sera ensuite plus accessible à la raison pour discuter du fond du problème… Pas simple, c’est vrai.

Colère et stress, toujours synonymes?

Dans beaucoup de cas, énervement, impatience, colère, agressivité sont bel et bien synonymes d’un stress. Mais pas pour tous et pas dans tous les cas.

Certains ont l’art de feindre ces comportements parce qu’ils s’appuient sur l’allergie quasi généralisée au conflit de leurs coreligionnaires. C’est alors une manière d’installer un rapport de force. Pour détecter si la colère est réelle ou feinte, il suffit de voir comment elle s’éteint. Progressivement ou avec un arrière-goût qui fait craindre qu’elle puisse repartir, c’en est une. La colère est généralement de courte durée. Ses signes s’effacent peu à peu lorsque la personne n’est plus confrontée à l’objet de sa colère ou si son attention se concentre sur un objet neutre. Mais il en reste des traces. Si, par contre, la personne en colère passe d’une seconde à l’autre au sourire ou à la bienveillance dès qu’elle a obtenu gain de cause, la colère est instrumentalisée.

Inutile dans ce cas d’appliquer la recette proposée. On se trouve dans un autre cas d’école, probablement de la dominance. Un tout autre problème.

 

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Les symptômes du stress de lutte

Signes physiologiques

  • Visage empourpré
  • Traits tendus
  • Voix sèche, forte
  • Gestes brusques, signifiants (exemple : la main qui tranche…)

Signes micro-comportementaux

  • Regard fixe et frontal
  • Tension musculaire des mâchoires, du cou, des épaules

Vécu interne de la personne

  • Sensation de supériorité, d’efficacité, d’intelligence
  • Sensation d’être entouré d’incompétents, d’incapables
  • Besoin d’être reconnu
  • Besoin d’avoir raison
  • Susceptibilité
  • Intolérance au reproche, à la contradiction
  • Impatience

Ces symptômes peuvent être cumulés.

Comment interagir avec le stress de lutte ?

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Comprendre le message

Le moteur de la lutte est de chercher à impressionner, à contrôler la situation et, par conséquent, chercher à avoir raison, à être entendu. C’est à cela que sert la colère : à intimider… On comprend rapidement que toute réponse visant à mettre la personne en état de stress de lutte en position d’infériorité a exactement l’effet inverse. Un “calmez-vous” ne montre pas du tout que vous êtes prêt à entendre l’autre, mais bien que vous le considérez comme un enfant qui a besoin d’un rappel à l’ordre ou comme un adulte qui ne contrôle pas ses émotions.

2

Evitez le réflexe habituel

En face d’une personne qui s’énerve, le grand classique est de lui demander de se calmer : «mais calmez-vous, arrêtez de vous énerver». À ne pas faire! En général, ça empire les choses. Pire encore, lui faire des reproches ou mettre en doute son intelligence “faut être idiot pour pas comprendre ça…!” (même si c’est justifié). Cela augmente encore le niveau de stress de la personne. Idempour tout comportement qui chercherait à interrompre, mentir, menacer, consoler, nier ou infantiliser. Tout aussi inadaptées sont les réponses hésitantes, imprécises, lentes… Elles ont tendance à agacer la personne en stress de lutte.

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Lui enlever son carburant

Première condition : restez calme. Ensuite, désamorcez la colère en répondant au besoin direct de la personne en colère. Commencez par la forme d’abord. Montrez-lui que vous entendez ses arguments, qu’ils sont pertinents «oui, tout à fait, je comprends votre point de vue», voire «oui, vous avez raison de vous énerver pour une chose pareille». Vous le rejoignez alors sur ses valeurs. Si cela ne suffit pas, passez au contenu lui-même. Par exemple, si vous êtes responsable d’une erreur, admettez-le (pas simple). Reprenez clairement les faits avec lui. Soyez exact et juste dans vos réponses. La colère peut alors ne mettre qu’une ou deux secondes à s’éteindre. Si elle n’a pas encore disparu, passez à la deuxième étape : proposez d’agir, et ce de manière simple, directe, logique et concrète.

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Analyser au calme

Tout le monde s’énerve. Pour des milliers de raisons. Certaines valables, d’autres moins : une injustice, une erreur aux conséquences gênantes voire importantes, une broutille aussi. Si vous remarquez que la personne s’énerve toujours sur un même sujet, comme par exemple le désordre ou le gaspillage, il est possible d’assouplir cette réactivité.

Ce qu’en dit le Larousse

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Lutte : Affrontement, combat entre des personnes, des groupes, chacun s’efforçant d’assurer sa domination, de faire triompher sa cause.
Résistance : opposée à une force, à un élément contraire; volonté de vaincre des difficultés.

Pour aller plus loin