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Dispositifs et opportunités d’échanges de savoirs dans la coopération décentralisée
Dispositifs et opportunités d’échanges de savoirs dans la coopération décentralisée
I. Introduction
- Dans le cadre de l’exposition « 1000 Familles », l’ONG Echos Communication a pris l’initiative d’organiser (avec différents partenaires belges et européens) une rencontre sur la coopération décentralisée autour des échanges de savoirs et de « l’intelligence collective ».
L’action des acteurs de la coopération décentralisée est en effet celle qui répond au plus près des préoccupations locales puisque la coopération se déroule entre des personnes qui rencontrent les mêmes problématiques socio-économiques dans leurs communes ou villages respectifs.
La relation peut dès lors se baser sur des échanges de savoirs et être plus équitable. L’échange est souvent plus concret : nous ne sommes pas en présence d’experts technocratiques qui élaborent de stratégies depuis leurs bureaux.
- Echos Communication désirait impliquer directement les communes francophones de Belgique et a donc organisé un partenariat avec les deux structures fédératrices (Association de la Ville et des Communes de la Région de Bruxelles-Capitale et Union des Villes et des Communes de Wallonie) pour coorganiser, fédérer et crédibiliser cette démarche.
- Inviter des partenaires internationaux (allemands, français, européen) à la rencontre a permis un enrichissement supplémentaire dans la mesure où les communes belges ont pris connaissance de la manière de travailler dans les pays voisins et des pratiques d’intelligence collective qui s’y déroulent.
II. Qu’est-ce que l’intelligence collective ?
On trouve plusieurs définitions de l’intelligence collective. La définition proposée ici est inspirée de Pierre Levy.
« L’intelligence collective est une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, et, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences. »
En effet, je ne sais pas tout, et l’autre peut m’apprendre quelque chose que je ne sais pas, tout le savoir est dans l’humanité.
Mais, qui est l’autre ?
C’est quelqu’un qui sait et qui sait de surcroît des choses que je ne sais pas, comme moi, il ignore beaucoup et maîtrise certaines connaissances. Mais comme nos zones d’inexpériences ne se recouvrent pas, il représente une zone d’enrichissement possible de mes propres savoirs. Je pourrais associer mes compétences avec les siennes de telle sorte que nous fassions mieux ensemble que si nous étions séparés.
Si autrui est une source de connaissance, la réciproque est immédiate. Moi aussi quelle que soit ma provisoire position sociale, quelle que soit la sentence que l’institution scolaire a prononcée sur mon compte, moi aussi, je suis pour les autres une occasion d’apprentissage. Par mon expérience de vie par mon parcours professionnel, par mes pratiques sociales et culturelles, j’offre des ressources de connaissances à une communauté.
D’où l’hypothèse proposée par Echos Communication : « La coopération développement est plus efficace lorsque les différentes parties en présence travaillent dans une dynamique d’intelligence collective ».
III. Les échanges entre participants
Quels sont les dispositifs et quelles sont les opportunités d’échanges de savoirs qui vont déclencher cette dynamique ? Comment en créer les conditions ? Comment pérenniser cette action ?
Tels ont été les questionnements que nous avons tentés ensembles d’éclaircir avec l’aide des intervenants présents.
1) Présentation du projet de la commune d’Anderlecht (par l’échevin André Drouart), cofinancé par la DGCD dans le cadre du Programme fédéral de Coopération internationale communale
La municipalité d’Irupana, située en Bolivie, dans le sud Yungas était demandeuse d’un échange avec une commune du Nord. L’ONG Frères des Hommes, présente sur le terrain a proposé à la commune d’Anderlecht (avec laquelle elle est également active au sein du groupe d’initiatives N-S) un échange de savoirs et de savoir-faire de type égalitaire.
Dans sa présentation Monsieur Drouart a insisté sur le fait que dans ce projet qui entre dans une dynamique égalitaire, le Nord (la Belgique) a beaucoup de choses à apprendre des gens du Sud (la Bolivie). La présentation a été réalisée au moyen d’une vidéo.
Concrètement, dans cet échange les Boliviens étaient intéressés par la gestion des déchets et les belges par les mécanismes politiques de participation démocratique que les boliviens ont mis en place.
Effectivement, Irupana fonctionne sur base d’un mécanisme particulier de démocratie au niveau politique. Outre une forte participation des femmes, l’ensemble de la population et les entreprises participent à la politique locale. Au vu de cette expérience, la commune belge a pensé qu’elle pourrait renforcer la démocratie participative dans la commune d’Anderlecht
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Pour leur part, les boliviens venus en Belgique ont été impressionnés par la technique qui est utilisée pour le traitement des déchets (moyens techniques énormes).
Dans cette relation, la partie belge a été amenée à constater que les boliviens trouvent des solutions exceptionnelles à certains problèmes et qu’ils sont davantage limités par un manque de moyens financiers que par un déficit de compétences.
Pour en savoir plus sur ce projet en particulier ainsi que sur les autres projets réalisés ou en cours de réalisation dans ce Programme, surfez sur www.avcb.be (Association de la Ville et des Communes de la Région de Bruxelles-Capitale) et www.uvcw.be (Union des Villes et des Communes de Wallonie).
2) La commune de Waremme (projet présenté par Monsieur Froidcoeur)
Le début du projet est assez identique à celui d’Anderlecht. Dans un premier temps, les Rwandais se sont rendus en Belgique. Effectivement, il aurait été mal vu que les belges se rendent d’abord en Afrique, les habitants et le conseil communal auraient pu considérer cette démarche comme essentiellement touristique. Le partenariat s’est réalisé entre les intercommunales de Liège et de Kigali. La mission d’identification technique a eu lieu en juillet 2002.
La volonté des Rwandais se portait sur l’intérêt du traitement des déchets en général.
Le problème est essentiellement dû à l’administration qui est devenue la compétence des districts (qui n’ont pas de moyens) en plus du fait que les moyens sont dispersés ce qui ne permet pas la coordinations des actions sur le terrain.
La conséquence importante est que les déchets sont partout dans la ville, il y a des incinérations n’importe où, pas de séparation des eaux (ce qui pose des problèmes de santé publique). La commune de Kigali a dû choisir entre deux options : soit donner cette mission à une entreprise privée, soit la donner à la commune elle-même afin qu’elle réalise cette gestion. Ceci permettrait de garder la main mise sur la gestion de l’environnement et réhabiliter la décharge de Kigali (140 personnes au travail).
Le chantier a impliqué la fermeture définitive de la décharge et ouverture d’une décharge contrôlée avec un tri sur le site, simultanément à la création d’une société coopérative de gestion des déchets.
Les difficultés rencontrées ont été multiples :
- Les personnes engagées dans le projet en Belgique doivent être disponibles et souvent prendre du temps en dehors de leur travail.
- Il y a un besoin d’accompagnement pour les compétences.
- Un calendrier entre les actions des gens de Waremme et celles d’autres belges qui mènent d’autres actions à Kigali a dû être établi.
- Le partenariat doit s’inscrire dans la durée ce qui n’est pas toujours financièrement et matériellement possible.
- L’avantage d’un tel projet, c’est d’atteindre une petite réussite sur base d’une demande faite par Kigali et sur laquelle on s’est focalisée pour aller plus loin.
3) Un point de vue sur les démarches d’intelligence collective réalisées dans les programmes de coopération décentralisée au sein de l’Union Européenne (ECDPM – Gwenaëlle Corre)
L’exposé de Madame Corre intitulé ‘L’approche coopération décentralisée de la CE : un dispositif favorisant l’échange de savoir ?’ a rappelé le contexte actuel dans lequel peut s’inscrire la notion d’intelligence collective. Les rapports d’inégalité qui sous tendent la relation de coopération, le Nord se profilant comme donneur, le Sud comme receveur, ne laisse a priori guère d’espace pour les échanges, les apprentissages mutuels ou les liens réciproques. Néanmoins, les limites de ce modèle poussent à l’émergence de nouvelles pratiques qui mettent en avant le principe de participation des bénéficiaires dans les modes de faire de la coopération. Le contexte international (persistance de la pauvreté, faiblesse des institutions de gouvernance, manifestation accrue des ‘forces citoyennes’) favorise donc un réflexion sur les intérêts et les responsabilités partagées.
Ensuite Madame Corre a présenté dans quelle mesure la coopération décentralisée peut participer à répondre à cet enjeu. Elle a d’abord insisté sur le fait que diverses définitions coexistent à propos de la coopération décentralisée qui rendent ce concept sans doute piégé, ou du moins piégeant. Pour la Commission Européenne, la coopération décentralisée implique :
- une participation active et une responsabilisation de toute la famille des acteurs ;
- la recherche d’une concertation et d’une complémentarité entre les différents acteurs ;
- une gestion décentralisée ;
- l’adoption d’une « approche – processus » ;
- la priorité donnée au renforcement des capacités et au développement institutionnel.
Progressivement, les gens au bout de la chaîne cherchent à devenir acteurs et interlocuteurs à l’échange. Une culture du dialogue, base de la réciprocité, émerge très progressivement pour réaliser des échanges et des apprentissages mutuels. Elle implique de nouveaux modes de gestion des connaissances, où la mobilisation des savoirs apparaît en soi comme une processus de renforcement des différents acteurs. Ceci étant il existe encore peu de partenariat véritablement égalitaire. Il n’est pas non plus évident de trouver des intérêts pleinement partagés par le Nord et le Sud.
Pour plus d’informations sur ECDPM, vous pouvez consulter le site : <www.ecdpm.org> ou contacter : info@ecdpm.org
4) L’expérience de la Maison de l’Europe à Dunkerque (proposée par Madame Hauchart)
Comment associer les gens de la ville ? Par l’apprentissage commun (Nord-Sud) de la coopération.
La coopération décentralisée est l’accord que signent les partenaires qui veulent échanger.
Elle implique de :
- construire le socle du partenariat ;
- échanger des valeurs et partager les enjeux communs ;
- mettre en œuvre une méthode de projet fondée sur la reconnaissance mutuelle ;
- construire la réciprocité (qui n’est pas innée) comme facteur du développement territorial local.
Pour faire du développement local, il faut mettre en branle l’ensemble de la cité (institutions, habitants, …). Nous tentons alors de nous mettre en posture de réciprocité, et de nous demander en quoi ce projet international aurait de la plus value.
Pour créer de l’intelligence collective entre les acteurs en présence, il faut entre autres :
- créer des conditions d’échange pour mutualiser et valoriser les connaissances ;
- créer des plates-formes locales, régionales, nationales, qui permettent l’échange et surtout la coordination entre acteurs ;
- capitaliser et mettre en réseau N/S, S/S, E/E…
- être reconnu comme des acteurs politiques à part entière ;
- pérenniser la dynamique parce que l’échange ne naît pas dans l’immédiateté ;
- favoriser les nouvelles approches de coopération (éducation au développement, achats et commerce éthique,…)
- dépasser le cadre institutionnel en expérimentant de nouvelles pratiques (privé-public,…) ;
- développer les principes d’un développement durable et articuler local et international en faisant côtoyer citoyens et experts.
5) Servicestelle kommunen inder weine Welt (Allemagne) – Monsieur Nitschke
Nous avons créé voici 18 mois une nouvelle structure en Allemagne, un conseil consultatif, qui a pour tâche d’aider les autorités locales à la mise en place de l’agenda 21.
On le sait la mise en place de l’Agenda 21 est difficile en Allemagne comme ailleurs. Il s’agissait de voir où se situe le fossé entre théorie et mise en œuvre. Une des difficultés est de comprendre les enjeux de chacun des partenaires. Les gens parlent de problématiques mais ne se mettent pas en jeu. Ils regardent que leurs intérêts propres. C’est pour cette raison que nous les avons regroupés dans ce conseil consultatif et les avons aidés à se remettre en cause.
Nous avons ainsi mis en place notre structure (appelé Servicestrelle Communen in der Einen Welt) à différents endroits (Bonn, Berlin,…).
Nous avons beaucoup travaillé sur l’implication des citoyens et des différentes institutions (fonctionnaires, monde associatif,…). Nous nous sommes posés la question : que peut-on faire en tant que ville au niveau du développement ? Nous avons ainsi organisé des jumelages entre des villes du Nord et du Sud dans une optique d’apprentissages mutuels et de réciprocité.
Par exemple, un réseau de villes allemandes met en place le budget participatif citoyen. Le budget ne se fait pas du haut vers le bas mais du bas vers le haut. Il faut savoir que 60.000 personnes participent à l’élaboration budgétaire. Cette budgétisation se fait déjà à Porto Allègre ce qui a justement permis de valoriser au Nord des pratiques du Sud.
Dans notre démarche nous cherchons à « penser globalement et d’agir localement »
C’est pourquoi il est important de se rendre sur le terrain ; la communication est le centre de gravité de ce que nous faisons. On doit écouter ce que les gens doivent nous dire, nous ne savons pas tout. Nous ne faisons qu’un mais nous sommes tous différents. Nous réalisons des enquêtes auprès des municipalités pour leur demander quelles sont leurs difficultés à mettre en œuvre l’agenda 21.
Nous avons ainsi observé que les principaux domaines d’activité au niveau local sont les suivants :
Le commerce équitable (sujet qui ouvre les yeux), la participation des citoyens (important)…
Nous réfléchissons ensemble (au Nord) comment mettre l’agenda 21 en place. Quels sont les enseignements qu’on en tire de part et d’autre ? Ensuite nous analysons les forces et les faiblesses et définissons ensemble quels sont les objectifs de la coopération entre les partenaires du Nord et du Sud.
Les difficultés principales que nous rencontrons sont le manque de moyens financiers (personnel) et le fait que l’institution ne s’engage pas tellement. Comment convaincre les gens que ce que nous faisons est intéressant afin d’avoir des subventions ?
6) Association de la ville et des communes de la Région de Bruxelles-Capitale (par Jean-Michel Reniers)
L’intervention a été courte et rapide. Elle était destinée à présenter l’Association de la Ville et des Communes aux partenaires et a été présentée en fin de séminaire pour des raisons organisationnelles.
Le Nord et le Sud sont de plus en plus liés et interdépendants. Suite à l’appel à projet lancé par le Secrétaire d’Etat Eddy Boutmans et à la création d’un Programme fédéral de Coopération internationale, de plus en plus de communes ont décidé de développer des projets de coopération décentralisée. Les communes, pour la plupart débutantes en tant qu’acteurs de terrain de la coopération, font face à un certain nombre de difficultés et de problèmes divers (financiers, méthodologiques etc.). Notre Association a précisément pour mission de les informer, de les former, de les accompagner dans la gestion et la réalisation de leurs projets et de mutualiser les expériences pour permettre aux uns et aux autres d’accroître leur compétence en la matière.
Si les intelligences et les savoirs sont universels, comment les réunir, comment les hybrider ? C’est une question essentielle que nous nous posons aujourd’hui. Car en effet, le partage de savoirs (faire et être) entre des communes belges et européennes, ou entre des communes du Nord et du Sud conduit à des savoirs et à des connaissances nouvelles.
L’Association de la Ville et des Communes marque un intérêt pour la réalisation d’une recherche pour comprendre comment des « relations réciproques et d’intelligence collective » ont pu ou peuvent participer à mettre en œuvre un développement plus constructif.
IV. Quelques propositions pour l’avenir
Ces propositions n’ont pas toutes été exposées lors de l’atelier. Elles sont le fruit des réflexions d’Echos Communication et sont soumises à votre lecture pour commentaires et réactions.
Il y aurait pour Echos Communication plusieurs axes de réflexions :
- Identification d’expériences européennes dans le domaine de l’intelligence collective avec le Sud.
La première chose à faire consiste à identifier les dispositifs, pratiques et méthodes d’échanges de savoirs existants dans les pays de l’Union Européenne qui vivent des projets de coopération décentralisée avec le Sud. Comment ces échanges s’organisent-ils ? Comment chacun des partenaires peut-il apporter son (ses) savoir(s) à l’autre partenaire ?
- Analyser ces initiatives et si possible formuler des indicateurs (qualité et forme de communication, mode de règlement des conflits, stratégie de mise en place, type de personnes et d’institutions impliquées…).
Avec le Groupe de Recherche en Médiation des savoirs de l’UCL, nous avons réalisé un premier questionnaire qui a pour but d’étudier un partenariat en coopération décentralisée sur la base de la relation et du processus et non pas uniquement des résultats attendus ou obtenus.
Ce questionnaire donne la parole aux partenaires du Nord et du Sud d’un projet de coopération décentralisée pour comprendre comment ils gèrent ou ont géré leurs relations dans une perspective d’intelligence collective.
Nous aimerions le faire circuler auprès d’une série de représentants communaux belges pour qu’ils puissent publier une brochure sur la base des résultats.
- Former un réseau
Nous mettrons en réseau les institutions identifiées en organisant à la fois une ou deux rencontres présentielles et en organisant des dialogues en ligne.
- Restituer les fruits de la démarche aux partenaires par un séminaire de capitalisation collective finale.
Une fois toutes ces recherches terminées, nous aimerions les restituer à la fois par un colloque et par des moyens et outils de communication appropriés.
- Sensibiliser le grand public à cette démarche. Enfin, pour terminer, nous proposerons au public européen de faire l’expérience de l’autre et d’expérimenter l’intelligence collective par une campagne de presse et de communication du même type que celle que nous avons réalisée avec « 1000 Familles ».
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